Sur la Route. Kerouac. Deux noms légendaires. Le plus célèbre roman de l’auteur est culte, c’est peu de le dire. Et la dernière phrase du livre est magique.

Sur la Route par Kerouac

Qui mieux que l’auteur pourrait résumer son oeuvre : « ‘Sur la route’ est le roman de deux gars qui partent en Californie en auto-stop, à la recherche de quelque chose qu’ils ne trouvent pas vraiment, au bout du compte, qui se perdent sur la route, et reviennent à leur point de départ pleins d’espoir dans quelque chose d’autre.»

Neal Cassady et Jack Kerouac

Neal Cassady et Jack Kerouac prennent la pose

Le roman suit donc les aventures de Sal Paradise et Dean Moriarty, sur la route, dans l’Amérique des années 50. Paradise et Moriarty sont en fait des alias de l’auteur et de Neal Cassidy, ami de Kérouac et lui aussi écrivain. Le roman est donc amplement  autobiographique puisque largement inspiré des aventures de Kerouac et Cassidy.

Le livre est connu pour avoir été écrit en quelque semaines à peine. C’est la fameuse histoire du parchemin de plusieurs dizaines de mètres de long (les sources varient en ce qui concerne la longueur) sur lequel Kerouac écrivit la première version du Roman. Et fout cela en trois semaines s’il vous plait, en avril 1951.

Au bout du rouleau

Cette première version, dite du rouleau original, a été largement corrigée et remaniée par l’auteur avant qu’un éditeur accepte de publier le roman. Plusieurs raisons à cela.

  • D’abord le rouleau original, écrit sur des papier de calligraphie japonaise collés bout à bout par l’auteur lui même, n’avait pas de mise en page : pas de paragraphe, pas de retour à la ligne, pas de chapitre. Il se présentait donc réellement sous forme de rouleau, et le texte n’était qu’un long et immense  paragraphe. Difficile à vendre!
  • Le roman n’était pas aussi abouti que Kerouac le souhaitait : on a beau s’appeler Kerouac, écrire un roman de 500 pages en une vingtaine de jours reste un gros défi. Et si il a bien écrit ce manuscrit en trois semaines, il  a en réalité pensé et travaillé son oeuvre de longues années.
Jack Kerouac

Jack Kerouac vous salue bien

  • Pour finir, Kerouac  lâcha même le ‘final cut’ à son éditeur et son oeuvre fut largement édulcorée( censuré?), pour éviter les passages les plus trash – trash pour l’époque et dans cette Amérique que l’on dit puritaine –  sur tout ce qui touchait au sexe, à la drogue et à la mort. America, America…
Cela n’empêcha pas le roman de devenir un succès. Et de devenir l’étendard d’une génération ‘fatiguée, cassée, écrasée, perdue’ : la Beat Generation.

Pour l’anecdote, le parchemin original, qui avait été écrit sur des papier de calligraphie japonaise collés bout à bout par l’auteur lui même et se présentait donc  sous forme de rouleau, fut  acheté plus de 2 millions de dollars lors d’une vente aux enchères en 2001. Ce monde est fou! Cette version du rouleau originale a été finalement publiée  en 2010 en français. Une différence majeure étant que les personnages principaux y ont pour nom Neal Cassidy et Jack Kerouac : le caractère autobiographique n’est même plus dissimulé!

Parchemin Original Sur la Route

Le Parchemin Original

Un style à part

Mais ce qui caractérise le livre, c’est avant tout son style. De par la manière dont il a été écrit – à travers de longues sessions, où l’auteur accouchait littéralement de son oeuvre dans ce que j’imagine être un état de quasi transe – il est logique que le livre possède un rythme et un style qui lui soit propre.
Ce style ce sont notamment de longues tirades, dans un langage parlé. Difficile à décrire, mais en lisant certaines phrases, j’imagine bien Kerouac tapant frénétiquement sur sa machine à écrire, emporté par son imagination spontanée.
Concrètement ca donne ça :
They danced down the streets like dingledodies, and I shambled after as I’ve been doing all my life after people who interest me, because the only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved, desirous of everything at the same time, the ones that never yawn or say a commonplace thing, but burn, burn, burn like fabulous yellow roman candles exploding like spiders across the stars and in the middle you see the blue centerlight pop and everybody goes « Awww! »
 traduit en français par :
Mais alors ils s’en allaient, dansant dans les rues comme des clochedingues, et je traînais derrière eux comme je l’ai fait toute ma vie derrière les gens qui m’intéressent, parce que les seules personnes qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d’être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, qui brûlent, pareils aux fabuleux feux jaunes des chandelles romaines explosant comme des poêles à frire à travers les étoiles et, au milieu, on voit éclater le bleu du pétard central et chacun fait: « Aaaah! »
Couverture Sur la Route Jack Kerouac

Sur la Route par Kerouac

‘So In America…’

Ma citation préférée reste cependant la dernière phrase du livre avec une grosse préférence pour la version originale bien sur :
 « So in America when the sun goes down and I sit on the old broken-down river pier watching the long, long skies over New Jersey and sense all that raw land that rolls in one unbelievable huge bulge over to the West Coast, and all that road going, and all the people dreaming in the immensity of it, and in Iowa I know by now the children must be crying in the land where they let the children cry, and tonight the stars’ll be out, and don’t you know that God is Pooh Bear? the evening star must be drooping and shedding her sparkler dims on the prairie, which is just before the coming of complete night that blesses the earth, darkens all the rivers, cups the peaks and folds the final shore in, and nobody, nobody knows what’s going to happen to anybody besides the forlorn rags of growing old, I think of Dean Moriarty, I even think of Old Dean Moriarty the father we never found, I think of Dean Moriarty. »
ce qui nous donne en Français:
« Alors, en Amérique, quand le soleil décline et que je vais m’asseoir sur le vieux môle délabré du fleuve pour regarder les longs longs ciels du New Jersey, avec la sensation de cette terre brute qui s’en va rouler sa bosse colossale jusqu’à la côte Ouest, de toute cette route qui va, de tous ceux qui rêvent sur son immensité, et dans l’Iowa je sais qu’à cette heure l’étoile du Berger s’étiole en effeuillant ses flocons pâle sur la prairie, juste avant la tombée de la nuit complète, bénédiction pour la terre, qui fait le noir sur les fleuves, pose sa chape sur les sommets de l’Ouest et borde la côte ultime et définitive, et personne, absolument personne ne sait ce qui va échoir à tel ou tel, sinon les guenilles solitaires de la vieillesse qui vient, moi je pense à Neal Cassady, je pense même au vieux Neal Cassady, le père que nous n’avons jamais trouvé, je pense à Neal Cassady, je pense à Neal Cassady. »

Pourquoi cet extrait en particulier? Probablement car il existe un enregistrement de Kerouac lisant lui même les derniers paragraphes de son roman. L’entendre réciter son oeuvre, avec cette manière particulière qu’il a faire vivre son texte, et ce son de Jazz en fond sonore, est à chaque fois un petit bonheur :

Jack Kerouac vous lit la dernière phrase de Sur la Route

Sur la route affiche film

Affiche du film Sur la route

Une adaptation du live est sortie au cinéma. Le film m’a plus sans me transcender. Par contre je trouvais la Bande Annonce magnifique, avec le musique, la voix off…
Bande Annonce de Sur la route

 

Et vous, avez vous lu Sur la Route? Avez vous des livres, ou extraits de livres, ou même des citations que vous gardez dans un coin pour les relire de temps à autre?

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